LSD, psilocybine, DMT ou MDMA : ces noms évoquent drogues, risques ou interdit. Et pourtant, les psychédéliques font l’objet de recherches intensives en Suisse et sont même utilisés à des fins thérapeutiques, dans des cas exceptionnels, lorsque les méthodes conventionnelles ont atteint leurs limites. Le regard médical porté sur les substances psychoactives a évolué. Peuvent-ils contribuer à une médecine holistique ?
- Les psychédéliques sont utilisés pour traiter les patients souffrant de dépression, de troubles anxieux et de troubles liés à la dépendance
- Le traitement au LSD et autres substances psychoactives est toujours associé à une psychothérapie
- Dans le cas de maladies multifactorielles, une approche intégrative peut s’avérer décisive. Les succès thérapeutiques de la médecine complémentaire le prouvent.
Des recherches dans tous les hôpitaux universitaires
La médecine complémentaire explore en permanence de nouvelles voies thérapeutiques, combinant différentes approches. Mais d’autres disciplines participent à l’enrichissement de la médecine intégrative et holistique. Ainsi, cinq hôpitaux universitaires en Suisse mènent aujourd’hui des recherches poussées sur les bienfaits médicaux des substances psychoactives, comme le LSD, la psilocybine ou le DMT.
Il s’agit de trouver de nouvelles voies thérapeutiques pour les maladies psychiques graves, notamment la dépression, les troubles anxieux et les troubles post-traumatiques. Les résultats sont également prometteurs dans le domaine des addictions mais aussi de la démence et d’autres troubles similaires, compte tenu de l’effet de ces substances sur la neuroplasticité. Pour ces maladies souvent difficiles à cerner, multifactorielles, l’approche intégrative peut s’avérer décisive.
Parallèlement à la recherche, il existe une pratique clinique, à savoir la thérapie assistée par psychédéliques (TAP). Fin 2024, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a délivré une autorisation exceptionnelle à près de 90 médecins pour cette forme de thérapie. « Nous sommes submergés de demandes de patients », déclare Markus Baumann, interniste et psychothérapeute bernois. Plusieurs critères doivent cependant être remplis : la maladie doit être grave, les autres thérapies doivent avoir été épuisées et il doit exister un espoir fondé d’amélioration de la situation du patient.
« Les psychédéliques n’anesthésient pas. Ils ouvrent »
Quels sont les avantages thérapeutiques du LSD et de ses dérivés ? « Les psychédéliques n’anesthésient pas. Ils ouvrent l’esprit », explique le professeur Daniele Zullino, médecin-chef de la clinique de toxicomanie de l’Hôpital universitaire de Genève. « Ces substances permettent souvent aux patients d’arriver rapidement à des thèmes centraux pour eux. » Sous leur influence, les sentiments, les souvenirs et les images intérieures peuvent être vécus de manière plus intense.
La psychothérapie est centrale dans le traitement, précise Daniele Zullino et une seule séance peut parfois durer dix heures. « Comme nous ne pouvons facturer que 75 minutes, le traitement a un coût certain. Nous estimons cependant que la santé prime sur les questions d’argent. »
L’avantage de ces substances est qu’elles permettent souvent aux patients d’accéder beaucoup plus rapidement à des thèmes centraux.
Professeur Daniele Zullino
À Genève, plus de 600 patients ont été traités au LSD ou à la psilocybine depuis 2020, en particulier des personnes souffrant de troubles de dépendance, de dépression et de troubles anxieux ou obsessionnels-compulsifs. Ceux-ci ont souvent déjà consulté de nombreux autres médecins, sans une amélioration de leur état. « Les recherches menées parallèlement à notre programme montrent des améliorations significatives chez les patients traités », explique le professeur Zullino.
L’Hôpital universitaire de Genève doit refuser deux tiers des demandes de thérapie assistée par des psychédéliques et seuls les patients, habitant le canton, sont acceptés.
Microdosage : une tendance dangereuse ?
Le microdosage consiste à prendre quotidiennement, sur une longue période, des psychédéliques en quantités infimes (en dessous du seuil de perception directe). L’objectif est d’améliorer les performances au quotidien ou d’atténuer, par une autothérapie, les symptômes de dépression et d’anxiété. Le microdosage n’est cependant pas une thérapie reconnue.
La question de savoir si ses effets vont au-delà du simple effet placebo est controversée, et les risques ont peu été étudiés. On ignore par exemple si de minuscules quantités de LSD peuvent déclencher une psychose chez des personnes instables. Par ailleurs, la pratique est illégale.
« Il s’agit de faciliter le processus »

Le Dr bernois Markus Baumann compte parmi les pionniers de la TAP en Suisse et travaille depuis huit ans avec la MDMA, la psilocybine et le LSD. « La MDMA est souvent le point de départ de la thérapie », explique-t-il. « Elle est moins agressive, instaure la confiance et apaise les angoisses. » Par la suite, le médecin utilise souvent la psilocybine, rarement le LSD. « Dix heures d’effet, c’est trop intense pour de nombreux patients. »
Il n’y a pratiquement pas de discussions durant les séances, qui se déroulent dans un espace protégé, avec de la musique et du silence. « Le silence est important. Il ne s’agit pas d’influencer, mais de faciliter le processus. Le patient trouve sa propre voie. C’est l’élément central de la TAP. La musique est également utilisée, avec parcimonie, car elle permet d’influencer le processus ». Deux médecins travaillent en binôme durant les séances. « Cela apporte de la sécurité pour tout le monde ».
« Le patient trouve sa propre voie. C’est l’élément central de la TAP. »
Dr. Markus Baumann
Deux médecins travaillent en binôme durant les séances. « Cela apporte de la sécurité pour tout le monde ».
La devise du Dr. Markus Baumann est affichée bien en évidence sur une banderole, dans la salle de thérapie : « Le vrai voyageur ne sait pas où le voyage le mène. » Cela est vrai aussi pour le thérapeute, car la substance seule ne guérit pas, c’est le cadre qui est déterminant, explique le médecin, et le temps qui suit. « Durant la séance, nous n’intervenons pratiquement pas. Ce n’est qu’au cours des jours et des semaines qui suivent que l’expérience vécue est discutée en commun. Cette intégration est essentielle ». Le Dr Baumann pratique la PAT en association avec une psychothérapie. Des approches similaires sont suivies par des formes de thérapie complémentaires telles que la Gestalt-thérapie, dans lesquelles les expériences sont retravaillées et transposées dans la vie quotidienne.
Une thérapie interdisciplinaire, à l’instar de la médecine complémentaire
La PAT se trouve à un tournant en Suisse. La recherche se développe, la demande augmente et dans le même temps, des questions essentielles restent en suspens, comme celles de la formation des thérapeutes, du financement et de la règlementation. Markus Baumann envisage prédit cependant un « avenir radieux » à la thérapie par les psychédéliques, y compris pour le traitement des maladies somatiques. « C’est une thérapie interdisciplinaire. Ses limites ne sont pas encore clairement définies. »
Il y a des parallèles à tirer entre la PAT et la médecine complémentaire. Toutes deux s’inscrivent de manière interdisciplinaire dans les soins de santé, toutes deux nécessitent encore beaucoup de recherche. Leurs possibilités et limites n’ont pas encore été clairement explorées.

« La thérapie doit être légale, sûre et scientifiquement fondée. »
Professeur Daniele Zullino
Daniele Zullino est également positif et pense que la PAT va se développer, à condition que des structures adéquates soient mises en place : « La thérapie doit être légale, sûre et scientifiquement fondée. Il faut des thérapeutes formés, des procédures juridiquement claires et une intégration sûre dans le quotidien des patients », dti-il.
Photos: Antoine – Unsplash.com / Alan Rockefeller – Wikimedia.org / Prof. Daniele Zullino – m-à-d
Pensez-vous que la médecine devrait également explorer des voies non conventionnelles, comme la recherche sur les psychédéliques, si cela peut être bénéfique pour les patients ?
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