Les médicaments à base de plantes, au bénéfice d’une longue tradition, sont très appréciés. Ils présentent peu d’effets secondaires et agissent de manière holistique. Et pourtant, des réglementations de plus en plus strictes les menacent, mettant en péril les soins de base. Le secteur tout entier se bat pour de meilleures conditions-cadres.
- Depuis 2012, près de la moitié des médicaments à base de plantes autorisés ont disparu
- Cela limite la liberté des patients dans le choix de leur traitement
- La Fédération de la médecine complémentaire demande aux autorités de prendre en compte les spécificités des médicaments à base de plantes dans les procédures d’autorisation et lors des inspections des fabricants
par Lukas Fuhrer, rédacteur Millefolia
De fortes bouffées de chaleur pendant la nuit
Encore une nuit blanche ! De fortes bouffées de chaleur perturbent le sommeil de Christine Müller qui souffre depuis sa ménopause. Les exercices de respiration et les compresses rafraîchissantes sur le front et la nuque lui apportent quelque soulagement, mais la cinquantenaire est épuisée, le matin au lever, à l’heure d’aller au travail. Heureusement, Christine a enfin pu obtenir un rendez-vous chez son médecin traitant.
Médicaments de premier choix – un avenir incertain
La patiente est fictive, mais la maladie bien réelle : près de trois femmes sur quatre sont touchées par des bouffées de chaleur et des troubles du sommeil durant la ménopause. « L’extrait de racine d’actée à grappes noires est, en gynécologie, le remède le plus efficace contre les bouffées de chaleur », explique le Dr Gesa Otti-Rosebrock, gynécologue exerçant en cabinet privé à Bienne. Les médicaments autorisés à base d’actée à grappes noires sont classés au niveau de preuve 1, ce qui signifie que leur efficacité thérapeutique est étayée par de grandes études représentatives.
Dans certaines situations, ils constituent même le seul médicament disponible contre les bouffées de chaleur, explique la médecin. Les patientes présentant des tumeurs sensibles aux oestrogènes ne doivent pas recevoir de traitements qui en contiennent. Les médecins se rabattent donc sur des antidépresseurs ou d’autres médicaments synthétiques. « Ceux-ci n’offrent cependant ni les mêmes résultats thérapeutiques que la préparation à base de plantes, ni la même tolérance », explique la gynécologue.
Les options thérapeutiques à base de plantes ne cessent de diminuer
Les médicaments à base de plantes font partie intégrante des soins médicaux de base en Suisse et pourtant la pénurie guette ! Le nombre de phytomédicaments autorisés diminue de façon drastique. À preuve, entre 2012 et 2025, il est passé de 740 préparations à 365, soit une baisse de plus de 50 % ! C’est que les exigences réglementaires ont été renforcées et les coûts d’autorisation de mise sur le marché ont pris l’ascenseur, condamnant de nombreux médicaments. De plus, l’Office fédéral de la santé publique a baissé à plusieurs reprises les prix des médicaments remboursés par l’assurance de base, en raison de pressions budgétaires. Ces baisses touchent particulièrement les médicaments à base de plantes, souvent déjà moins chers que les préparations chimiques. Composés de matières premières naturelles, ils ne sont produits qu’en quantités relativement faibles et leurs procédés de fabrication sont plus complexes.
Pour les fabricants, dont beaucoup sont des PME suisses, il devient de plus en plus difficile de produire de manière rentable, sans parler d’investir dans de nouveaux médicaments phytothérapeutiques innovants.
Wegen des Spardrucks hat das Bundesamt für Gesundheit wiederholt die Preise der Medikamente gesenkt, die durch die Grundversicherung rückvergütet werden. Diese Preissenkungen treffen die pflanzlichen Arzneimittel empfindlich: Oft sind sie bereits günstiger als chemische Präparate, zudem werden sie, da sie aus natürlichen Rohstoffen bestehen, nur in vergleichsweise kleinen Mengen produziert und die Herstellprozesse sind aufwendiger. Kommen nun noch die immer teureren Zulassungskosten dazu, bedeutet dies für zahlreiche Arzneimittel das Aus.

Soigner les enfants de manière naturelle et douce
Les phytomédicaments sont également indispensables pour les enfants : ils sont bien tolérés et leur efficacité est prouvée pour le traitement des maladies infantiles courantes telles que les infections grippales, la toux, le rhume ou les maux de ventre.
La docteure Gesa Otti-Rosebrock et le fabricant de produits phytothérapeutiques Rinaldo Just dans l`interview Millefolia :
Dr Gesa Otti-Rosebrock, vous vous êtes spécialisée dans la phytothérapie au sein de votre cabinet de gynécologie. Quelles sont les conséquences pour vos patientes de cette disparition de phytomédicaments ?
Dr Gesa Otti-Rosebrock: De très nombreuses patientes viennent me voir en exprimant le souhait explicite de recevoir ce type de médicaments. Si je ne peux pas répondre à leurs souhaits ou si, en tant que médecin titulaire d’un certificat de compétence en phytothérapie, je ne peux plus prescrire ce qui serait indiqué et judicieux pour elles, c’est préoccupant. D’autant plus que la demande ne cesse d’augmenter. Je pourrais sans problème ouvrir un autre cabinet !
« Les patientes et les patients doivent pouvoir bénéficier de toute la diversité thérapeutique. »
Dr Gesa Otti-Rosebrock, gynécologue et coprésidente de la SSMP
Notre patiente fictive a de la chance, la préparation à base de plantes contre les bouffées de chaleur semble toujours disponible. Y a-t-il d’autres médicaments dont vos patientes ne pourraient en aucun cas se passer ?
Gesa Otti-Rosebrock: Le millepertuis, dont l’efficacité est comparable à celle des antidépresseurs modérément puissants, mais qui présente l’énorme avantage de ne pas avoir d’effets secondaires sur la libido. Ou encore l’artichaut, dont l’extrait de feuilles constitue également un médicament qui améliore la digestion des graisses et peut ainsi lutter contre l’hypercholestérolémie. Je constate actuellement que de nombreuses patientes préfèrent clairement ce produit aux statines courantes, soit parce qu’elles souffrent de leurs effets secondaires, soit parce qu’elles ont une aversion pour ces médicaments. Les patientes et les patients doivent pouvoir bénéficier de toute la diversité thérapeutique, y compris en phytothérapie, comme le prescrit implicitement la Constitution fédérale.
Rinaldo Just, vous êtes directeur général de Schwabe Pharma AG, un grand fabricant de médicaments à base de plantes. Les obstacles et les coûts élevés liés aux autorisations de mise sur le marché s’expliquent notamment par le fait que les autorités appliquent les mêmes critères aux médicaments à base de plantes qu’aux médicaments de synthèse. Pourquoi est-ce problématique ?
Nous défendons des médicaments de haute qualité, c’est pourquoi une autorisation de l’autorité de contrôle des médicaments Swissmedic est absolument nécessaire. Reste la question de savoir quelles preuves d’efficacité et quelles études cliniques sont requises pour des préparations qui s’appuient en partie sur des plantes médicinales et des principes actifs établis et bien documentés depuis des siècles. Nous souhaitons instaurer un dialogue ouvert et constructif avec les autorités.
« Les procédures d’autorisation ne tiennent pas compte de la complexité des phytomédicaments. »
Rinaldo Just, directeur général de Schwabe Pharma AG et membre du comité directeur de l’ASSGP
Les médicaments à base de plantes sont généralement des mélanges de plusieurs substances ou des extraits standardisés et strictement contrôlés et sont donc plus complexes que les médicaments de synthèse. C’est pourquoi ils nécessitent une évaluation spécifique qui, à notre avis, n’est actuellement pas effectuée selon les critères appropriés. Ce sont les patientes et les patients qui en font les frais : ils sont limités dans le choix de leur traitement et doivent renoncer à des préparations efficaces.
La phytothérapie fait partie des soins de base et est inscrite dans la Constitution fédérale, ce qui signifie que la Confédération et les cantons doivent la promouvoir. Que peut faire le secteur pour exiger la mise en oeuvre de ce mandat ?
Rinaldo Just: L’Office fédéral de la santé publique a une perspective fortement axée sur les coûts. Je pense qu’il nous faut plutôt un débat axé sur les bénéfices et la qualité. Il faut une collaboration, c’est-à-dire une meilleure coordination entre les autorités compétentes. Nous travaillons en étroite collaboration avec la Fédération de la médecine complémentaire et d’autres partenaires, et nous exigeons en permanence des autorités une mise en œuvre correcte de la loi sur les produits thérapeutiques et du mandat constitutionnel, afin de préserver la diversité thérapeutique et le bien-être des patientes et des patients.
« Nous devons mettre un terme à la disparition des médicaments »

« L’approvisionnement des patients et la diversité des traitements sont menacés. Nous nous engageons pour que les particularités des médicaments à base de plantes soient prises en compte de manière appropriée, dans le cadre des dispositions légales, et que les traitements éprouvés restent disponibles à l’avenir. Mettons fin à la disparition des médicaments», explique Martin Bangerter, coprésident opérationnel de la Fédération de la médecine complémentaire Fedmedcom.
La Fedmedcom demande la mise en oeuvre de la loi sur les produits thérapeutiques
La Fedmedcom demande aux autorités d’appliquer correctement les dispositions de la loi sur les produits thérapeutiques. Celle-ci prescrit la prise en compte des particularités des médicaments à base de plantes tant dans les procédures d’autorisation que lors des inspections des fabricants. Dans le cadre de consultations, de débats législatifs, de discussions et d’interventions parlementaires, Fedmedcom et les associations membres concernées s’engagent pour que les procédures d’autorisation et les inspections des fabricants soient conçues selon une approche fondée sur les risques, que les compétences des autorités soient clairement définies, que l’expertise et la compétence en matière de médicaments complémentaires soient maintenues au sein de Swissmedic et que les deux sièges réservés à la médecine complémentaire au sein de la Commission fédérale des médicaments soient garantis.
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Photos: Miriam Kolmann / Susanne Keller
Quels sont les médicaments à base de plantes dont vous ne pouvez ou ne voulez absolument pas vous passer ?
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